En participant aux vœux de différents maires, j’ai été surpris du décalage entre ce que l’Eglise vit et les attentes et les perceptions des personnes rencontrées. Une d’entre elle me soulignait l’éloignement du prêtre par rapport à la vie de chacun, et m’exprimait le visage d’un prêtre vivant très pauvrement et très proche de la population. Aujourd’hui, à part quelques exceptions, celui-ci semble en dehors de la réalité ce qui pose question par rapport à la compréhension de ce qu’est véritablement l’Eglise.  Elle rassemble tous les baptisés. Certains d’entre nous sont appelés à une mission plus spécifique dans un sens bien précis : le Pape, les évêques, les prêtres, les religieux, religieuses, les diacres…Le prêtre n’est pas supérieur à un baptisé(e) mais il a sa mission propre. La présence au monde est signifiée par tous et en particulier par les baptisés dans leur vie familiale, professionnelle et sociale.

Le décalage ressentit se manifeste notamment du fait culturel de nos racines judéo-chrétiennes et donc du besoin d’identification et d’appartenance ou non à l’Eglise, d’où la souffrance pour les générations les plus âgées de ne pas voir leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants baptisés.

Depuis les années 1900 et particulièrement avec le Concile Vatican II, la lecture biblique a pris toute sa place et l’Eglise a mis en avant particulièrement la relation à Dieu. S’approprier, découvrir les évangiles, nous ont mis en relation avec le Christ. Ces dernières années la catéchèse a placé en son cœur les Evangiles. Nous sommes passés du-question-réponse- bien connu des plus anciens à une découverte et réflexion autour de la Parole de Dieu.

Pour les sacrements, une préparation sur le contenu fut mise en place invitant les personnes à se recentrer sur la Foi en Dieu.

Aujourd’hui, du fait du changement de la société et de la non catéchisation d’un très grand nombre, nous nous rendons compte qu’il nous faut trouver des chemins nouveaux pour l’évangélisation. Depuis quelques temps déjà, l’Eglise de France s’est ouverte à ces questions et a mis en avant la démarche d’une annonce de la Foi allant à l’essentiel. Le Pape François dans son Exhortation apostolique :« La Joie de l’Evangile » nous invite à devenir des disciples missionnaires.

Pour cela, il me semble primordial de retisser les liens avec la population dans notre secteur rural : le témoignage et la présence aux autres étant essentiels. Ce souci-là doit être porté dans tous nos actes et dans nos divers engagements. Il nous faut écouter et nous adapter aux situations et aux demandes qui parfois nous déroutent.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut tout accepter et ne pas poser d’exigences. Le discours moral de l’Eglise a toujours son sens et doit toujours puiser sa source dans l’Evangile. Il est là comme une référence pour les croyants mais il ne peut s’ériger en dogme. A la fois il interroge nos pratiques mais en même temps il doit signifier la miséricorde de Dieu. Par conséquent il ne peut exclure. La recherche du sens reste pour beaucoup fondamentale souvent dans les moments difficiles de la vie. Cette quête spirituelle émise par certains peut nous questionner et nous amène à trouver une réponse en Eglise. Pour répondre à cela, dans différents lieux de notre diocèse des parcours Alpha ont été mis en place. Le cœur de ce parcours consiste à rassembler des petits groupes de personnes qui s’interrogent sur des questions diverses qui leur tiennent à cœur, avec un temps d’échange, d’enseignement, de prière et de partage fraternel autour d’un repas. Serait-ce possible dans notre secteur ? La question reste ouverte……….

Abbé René MATHIEU