Je voudrais prolonger ma réflexion sur la conviction que l’Eglise ne peut-être missionnaire qu’à partir du moment où elle est totalement ouverte sur le monde.

L’Eglise est signe du Salut du Christ pour le monde. Elle en est le sacrement. Beaucoup peuvent se demander : « Pourquoi le prêtre fait cette affirmation alors que nous en sommes convaincus ». J ‘ai remarqué dans la profusion des messages envoyés sur internet, la plupart remarquables et amenant à la réflexion et à la méditation, certains exprimant une peur par rapport au monde et un repliement identitaire sur l’Eglise. En reprenant quelques textes bibliques j’ai pu affiner ma réflexion.

Le livre de la Genèse du chapitre 1 au chapitre 3 met en évidence la relation de Dieu à l’homme :  1,27 « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu Il le créa, homme et femme Il les créa ». Cette relation est de type créateur à créature.

Au verset 28 par sa bénédiction Il responsabilise l’homme et la femme et par là même leur descendance. Nettement apparaît cette confiance vers l’humanité. Dans le deuxième récit de Création 3,1-24 cette confiance va s’altérer avec le péché originel qui exprime la suffisance de l’homme et de la femme et la rupture entre le créateur et sa créature, mais Il ne les enferme pas dans leur péché, cf. verset 14 où nous voyons que Dieu est plus fort que le mal. A la relecture chrétienne de ce passage nous comprenons la venue du Christ comme celui qui vient sauver l’humanité. Nous avons là la preuve d’un Dieu non seulement créateur mais aussi Père. Quel est le père digne de ce nom qui ne donne pas tout pour ses enfants ? Notre relation à Dieu est une relation d’amour qui nous renvoie à notre responsabilité humaine basée sur la construction du ROYAUME de DIEU.

Luc 20,25 dans la phrase : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » met en évidence l’autonomie entre l’engagement du croyant et la société.

Nous nous rendons compte que nous ne sommes pas dans une théocratie. Comme le dit le Pape François la Foi ne désengage pas des réalités temporelles, sociales ou économiques. Au contraire le chrétien est appelé à s’engager concrètement dans les réalités humaines et sociales sans opposer Dieu et César mais en les éclairant avec la lumière qui vient de Dieu et de l’évangile. Alors s’engager et participer de manière responsable à la construction de la société dans le but de la rendre plus juste et plus humaine c’est pour le croyant rendre à Dieu ce qui est à Dieu et s’ouvrir à sa volonté, lui consacrer notre vie et coopérer à son Royaume de miséricorde, d’amour et de paix. Là encore nous constatons combien Dieu fait confiance aux croyants pour l’annonce de ce ROYAUME DE MISERICORDE

Dans mon dernier éditorial j’exprimais le rêve d’une Eglise qui méditera et contemplera ce qui est beau dans notre monde et qui l’offrira à Dieu. Ce qui nous appellera à avoir un regard d’amour sur le monde et non un regard de jugement.

Je le disais sous forme de rêve mais je reste persuadé que l’Eglise le vit déjà.

Dans la lettre du Pape François aux mouvements populaires il est dit je veux que nous pensions au projet de développement humain intégral auquel nous aspirons …continuez à lutter et à prendre soin de chacun de vous comme des frères et sœurs. Je prie pour vous et je demande à Dieu, notre Père, de vous bénir, de vous combler de son amour et de vous protéger sur ce chemin, en vous donnant la force qui nous permet de rester debout et qui ne nous déçoit pas : l’espoir.

François place ainsi l’humanité au cœur du projet de Dieu, ce qui n’empêche pas de nous nourrir de la Foi transmise par l’Eglise et en ce moment difficile d’avoir au cœur la joie de nous retrouver au plus vite pour faire Eglise.

Abbé René MATHIEU