«Fratelli tutti», écrivait Saint François d’Assise, en s’adressant à tous ses frères et sœurs pour le proposer un mode de vie au goût de l’ Evangile. Il déclare « heureux celui qui aime l’autre autant lorsqu’il serait loin de lui comme quand il serait avec lui »
Le Pape François nous dit qu’il s’est inspiré de Saint François d’Assise pour écrire son encyclique Laudato si et la nouvelle encyclique pour la fraternité et l’amitié sociale. A l’approche des fêtes de la Toussaint où nous fêtons les saints qui nous guident nous sommes appelés à vivre la Sainteté de Dieu. Cette encyclique est un appel à l’ouverture du cœur vers les autres. Il me semble important de vous proposer quelques passages de ce texte.
La vraie charité doit se manifester dans la rencontre interpersonnelle ; elle est aussi capable d’atteindre un frère ou une sœur éloignée, voire ignorés, à travers les différentes ressources que les institutions d’une société organisée, libre et créative sont en mesure de créer. Dans l’Evangile le bon Samaritain a eu besoin de l’existence d’une auberge qui lui a permis de résoudre ce que, tout seul, en ce moment-là il n’était pas en mesure d’assurer. L’amour du prochain est réaliste et ne dilapide rien qui soit nécessaire pour changer l’histoire en faveur des pauvres.(N°165).
Le travail d’éducation, le développement des habitudes solidaires, la capacité de penser la vie humaine plus intégralement et la profondeur spirituelle sont nécessaires pour assurer la qualité des relations humaines de telle manière que ce soit la société elle-même qui réagisse face à ses inégalités, à ses déviations, aux abus des pouvoirs économiques, technologiques, politiques ou médiatiques. Certaines visions libérales ignorent ce facteur de la fragilité humaine et imagine un monde obéissant à un ordre déterminé qui, à lui seul, ne pourrait garantir l’avenir et la résolution de tous les problèmes (N°167). Le marché à lui seul ne résout pas tout, même si, une fois encore, l’on veut nous faire croire à ce dogme de foi néolibéral. Je me permets de répéter que la crise financière de 2007/2008 était une occasion pour le développement d’une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques, et pour une nouvelle régulation de l’activité financière spéculative et de la richesse fictive. Les réelles stratégies, développées ultérieurement dans le monde, semblent avoir visé plus d’individualisme, plus de désintégration, plus de liberté pour les vrais puissants qui trouvent toujours la manière de s’en sortir indemnes. (N°170). Grâce à Dieu, beaucoup de regroupements et d’organisations civiles aident à pallier les faiblesses de la communauté internationale, son manque de coordination dans des situations complexes, son manque de vigilance en ce qui concerne les droits humains fondamentaux et les situations très critiques de certains groupes. (N°175)
Pour beaucoup de personnes, la politique est aujourd’hui un vilain mot et on ne peut pas ignorer qu’à la base de ce fait il y a souvent les erreurs, la corruption, l’inefficacité de certains hommes politiques. Mais le monde peut-il fonctionner sans la politique ? Peut-il y avoir un chemin vers la fraternité universelle et la paix sociale sans une bonne politique ? (N°176). Je me permets d’insister à nouveau sur le fait que «la politique ne doit pas se soumettre à l’économie et celle-ci ne doit pas se soumettre au diktat ni au paradigme d’efficacité de la technocratie» Même s’il faut rejeter le mauvais usage du pouvoir, la corruption, la violation des lois et l’inefficacité, «on ne peut pas justifier une économie sans politique, qui serait incapable de promouvoir une autre logique qui régisse les divers aspects de la crise actuelle».(N°177) Je rappelle que «la grandeur politique se révèle quand, dans les moments difficiles, on œuvre pour les grands principes et en pensant au bien commun à long terme.»(N°178). Reconnaître chaque être humain comme un frère ou une sœur et chercher une amitié sociale qui intègre tout le monde ne sont pas de simples utopies. Cela exige la décision et la capacité de trouver les voies efficaces qui les rendent réellement possibles. Tout engagement dans ce sens devient un exercice suprême de la charité. En effet, un individu peut aider une personne dans le besoin, mais lorsqu’il s’associe à d’autres pour créer des processus sociaux de fraternité et de justice pour tous, il entre dans « le champ de la plus grande charité, la charité politique». Il s’agit de progresser vers un ordre social et politique dont l’âme sera la charité sociale. Une fois de plus, j’appelle à réhabiliter la politique qui « est une vocation très noble, elle est une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun ». (N°180) Cela suppose qu’on reconnaisse que, « l’amour fait de petits gestes d’attention mutuelle, est aussi civile et politique, et qu’il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. (N°181).
Ce qui est bon c’est de créer des processus de rencontres, des processus qui bâtissent un peuple capable d’accueillir les différences. Outillons nos enfants des armes du dialogue. Enseignons-leur le bon combat de la rencontre. (N°217).
Cela implique l’effort de reconnaître à l’autre le droit d’être lui-même et d’être différent.
La charité a besoin de la lumière de la vérité que nous cherchons constamment et « cette lumière est, en même temps, celle de la raison et de la Foi », sans relativisme. (N°185)
Demandons au Christ Jésus de nous conduire par son Esprit vers tous nos frères.
Extraits de l’encyclique du Pape François choisis par l’Abbé René Mathieu.
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